Le choc du retour

Ce fameux choc du retour. Un ami m’a posé la question lorsque je suis revenue d’Asie centrale. J’ai répondu que non, je n’en avais pas eu. Je m’y fais prendre presque chaque fois. Quand tu es au cœur de ton voyage, tu ne réalises pas nécessairement l’ampleur, tu es dans un autre monde à cent lieues de tes repères. C’est ton nouveau quotidien et à la limite, la normalité. On m’a souvent parlé de courage de m’envoler dans de lointaines contrées, pourtant, j’ai toujours trouvé le retour au Canada plus difficile.

J’ai vraiment aimé mon expérience dans les Stan. Cela faisait très longtemps que je n’avais pas été aussi heureuse. Je crois que mon bonheur était présent dans mes photos. Je suis une aventurière. J’adore partir à l’étranger, ce n’est un secret pour personne. Pourquoi alors être autant déstabilisé ? Déjà la dernière semaine, j’appréhendais mon retour. J’en parlais à ma mère, je ne voulais pas revenir. J’ai même tenté de l’amadouer en lui disant de me remettre mon héritage plus tôt pour que je puisse continuer le voyage. Bien sûr, elle a refusé. Une fille s’essaye ! D’habitude, je pars de trois à quatre semaines pendant la saison estivale. J’ai toujours hâte de revenir à la maison, mais pas cette fois-ci. J’étais bien là-bas.

Je crois que plusieurs facteurs ont contribué à cet effet. En premier lieu, vers la fin de mon contrat, c’était plus tranquille dans mes écoles puisqu’il n’y avait plus de rentrées d’élèves dans les classes d’accueil. Je manquais de défis, ce qui m’a emmené à bien planifier mon voyage. J’avais un itinéraire précis et j’avais surtout déjà réservé mes billets de train pour la Russie. En deuxième lieu, les pays que j’ai visités m’ont profondément marqué. Ce que j’ai vécu sur la route du Pamir au Tadjikistan, je ne l’avais pas éprouvé depuis très longtemps. Je pourrais même affirmer que cela ressemblait à mon premier long séjour en Australie. Tout y était : des paysages à couper le souffle, un peuple accueillant et des rencontres inoubliables. Ça faisait une éternité que je ne m’étais pas sentie aussi libre. J’ai réalisé à quel point j’étouffais avec toutes les règlementations ici. Là-bas, j’en profitais pour ne pas porter de ceinture de sécurité sans qu’il n’ait aucune conséquence. Comme je ne parlais pas le russe, j’ai passé deux mois sans entendre personne se plaindre, et ce, même s’il y avait tellement d’énormes nids de poule en Mongolie, le chauffeur ne faisait que contourner la route et personne ne s’offusquait. Suite aux différentes aventures vécues, j’ai parcouru des milliers de kilomètres, le retour à la réalité ne me tentait guère. Je m’étais inscrite à deux cours : celui de lancement d’entreprise et celui de russe. Ce ne fut pas suffisant. J’ai eu de la difficulté à me remettre dans mon quotidien, parce que je ne l’aime pas la routine, lorsqu’on fait métro, boulot, dodo, on n’a pas vraiment le choix. Ce n’est que tout récemment que j’ai recommencé à cuisiner et je suis revenue depuis le 21 août dernier.

Ce qui m’a frappé le plus, c’était le bonheur des gens, malgré leur grande pauvreté. La curiosité des enfants qui nous abordaient tout en sachant qu’on ne parlait pas la même langue. De les voir jouer dehors avec un simple ballon. Je me suis questionnée par rapport à notre façon de vivre. Qu’est-il arrivé à nos sociétés ? Où l’individu prime sur la communauté. Nous sommes devenus méfiants de l’autre. Tout le monde scotché (et je m’inclus là-dedans) sur nos écrans. On n’a qu’à prendre le transport en commun pour s’en rendre compte.

Je sais que l’argent n’amène pas le bonheur, mais on est dans une ère de surconsommation et de performance qu’on vient qu’à l’oublier.

À mon retour, je ne pensais qu’à repartir. J’en étais même à planifier un voyage d’un an. J’aurais commencé en Ukraine, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Iran, Turkménistan, Kazakhstan, Chine, Bangladesh, Birmanie, Laos, Thaïlande, Vietnam, Cambodge, Malaisie et terminé en Indonésie. Pourtant, je ne suis pas friande de ce type d’expérience. On devient blasé et surtout fatigué. Je suis plus occupée au travail et débordée avec mes cours de soir. J’ai repris ma routine. J’ai laissé tomber pour l’instant mes plans de partir. Je suis bien au Québec. J’ai toujours divers projets dans ma tête. Il reste à voir lequel je vais concrétiser et lesquels attendront à un autre moment. J’aimerais aller un mois en Iran si la situation géopolitique le permet. Sinon, il y a le désir d’aller passer du temps dans un pays russophone afin de continuer à pratiquer mon russe. À suivre !

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